L’arrivée de l’ère DJ’ a ouvert d’autres pistes musicales, sonores, d’autres sensations, performances, pratiques, réflexions, usages des tempos, atmosphères, métissant sans relâche les sources et les grammaires musicales. Dans cette création, il s’agit de partir de cette expérience des trois artistes, en se posant à l’intersection de ce que la sono mondiale « véhicule », en faisant se nouer le traditionnel contemporain et les inventions sonores des nouveaux rituels (DJ’). Il s’agit ici de traverser certaines musiques qu’ils ont pu travailler, chacun dans son parcours, d’Europe de l’Est, du Maghreb, d’Afrique Noire et de Bretagne. C’est donc une appropriation, une exploration des musiques d’aujourd’hui – d’hier, le trait d’union indiquant la réciprocité des deux temps, à travers une double création sonore et visuelle, n’en faisant plus qu’une : le son DJ’ et l’image VJ’.
L’un des points de départ de ce projet est la voix, celle d’Erik Marchand, connu pour ses multiples collaborations avec des musiciens du monde entier, tissant des ponts avec Hameed khan, Thierry Robin, le Taraf de Caransebes, Okay Temiz, Paolo Fresu, Rodolphe Burger, et de musiciens de Bretagne aujourd’hui incontournables. Passionné par les chants traditionnels, de Bretagne mais également des Balkans et des quatre coins du monde, il bâtit avec ses mentors un répertoire innovant basé sur la modalité.
L’autre est la pratique de Yuna Le Braz, dont les performances « live » attachées au mixage des styles musicaux, ont décloisonné les genres. Plus qu’un style, c’est l’aptitude à rendre perméable les musiques habituellement organisées dans des cases, qu’elles soient géographiques ou stylistiques.
Enfin, Thierry Salvert, alias VJ Bad Green, s’appuie sur une sélection d’images d’archives et des vidéos glanées ici et là : vidéo amateur, scène de mariage, bal, extraits de documentaires et création personnelle à la manière d’un carnet de voyage sans frontière et surréaliste. Il ne s’agit pas ici d’illustration mais bien d’un regard croisé et décalé. Les images d’Europe de l’est, de Bretagne ou d’Afrique se mélangent les unes aux autres et se transforment comme un plasticien travaillerait la matière, un musicien son instrument, un danseur son corps et ses mouvements.